Blog-notes d’un jeune adjoint au Maire, Ã Bures-sur-Yvette (91)
Le MoDem serait-il en chute libre au profit d’Europe écologie ? C’est ce qu’affirme le dernier sondage de l’Institut BVA, publié ce matin. Un surprenant retournement de situation qui étonne de nombreux électeurs. Nicolas Vinci, blogueur dynamique, décortique avec justesse les erreurs et les faux semblants de cette enquête d’opinion. Un décryptage pertinent qui nous interroge : cette étude a-t-elle pour objectif de manipuler l’opinion à trois jours du scrutin ?
Un sale “coup” médiatique
« Histoire de faire un “coup”, l’institut de sondages BVA a publié, avec la presse régionale, une enquête d’opinion portant sur les intentions de votes dans chaque euro région. Je dis « un coup » parce qu’il me semble que c’est la première enquête qui a constitué des échantillons réellement régionaux.
Vous avez tous lu les chiffres. Les médias vous les ont mille fois commentés. L’UMP et le PS se rapprochent, tout comme le MoDem et Europe-Écologie. Comme par hasard, serais-je tenté de dire. J’ai eu envie d’aller plus loin et j’ai consulté l’intégralité de cette enquête. De l’aveu même du Directeur Général Adjoint de BVA dans sa synthèse, les choses ne sont pas aussi nettes que cela. À plusieurs titres, cette enquête laisse à désirer.
Des échantillons régionaux maigrichons
L’institut se targue d’avoir constitué « un très large échantillon de 3527 personnes ». Échantillon « représentatif de la population française », bien évidemment. Il est vrai qu’un échantillon de plus de 3000 personnes est considérable. Les spécialistes s’accordent à dire qu’en dessous de 1000 personnes, la représentativité du sondage n’est pas très bonne. Eh bien justement ! Malgré son échantillon de 3527 personnes, le sondage BVA n’a pas une excellente représentativité. Et pour cause : cet échantillon est lui-même divisé en échantillons régionaux de 500 personnes. Autrement dit, on est bien loin des 1000 personnes souhaitées ! Si nous prenons l’exemple de la circonscription Grand Est, nous avons là l’exemple d’un sondage fondé sur les dires de 500 personnes quand bien même il y a autant d’habitants dans cette grande région que dans certains États européens comme le Luxembourg !
Une enquête réalisée sur un temps atrocement long
Autre faille dans ce sondage, le temps d’enquête. Les appels ont été réalisés auprès des sondés entre le 27 mai et le 1er juin. Autrement dit, cela a duré six jours. Six jours, dans une campagne vivace où la petite phrase est la règle, c’est énorme ! À titre indicatif, le 27 mai, c’était le meeting de Rezé où Ségolène Royal et Martine Aubry se sont donné la main. Le 1er juin, lundi de Pentecôte, c’était le lendemain de la tribune commune Merkel-Sarkozy. Dans l’intervalle, le MoDem a été donné dans les sondages à seulement cinq points du PS, larguant Europe-Écologie. Autant dire que durant ces six jours, les Français ont été abreuvés d’informations européennes partant dans tous les sens. Dès lors, comment peut-on être sûr que le sondé du 27 mai aurait dit la même chose le 1er juin vu le taux d’incertitude des intentions de vote (35%) ?
Le parti-pris de Rezé
À cela s’ajoute ce que j’appelle le « parti-pris Rezé ». La synthèse du sondage est dominée par cette idée que le meeting commun Royal-Aubry est un événement majeur de la campagne. Sauf que la pertinence de cette affirmation n’est même pas testée par le sondage ! De la même façon, le commentateur spécule sur « une belle, forte et sans doute émouvante présence consensuelle de Nicolas Sarkozy » suite à l’accident du vol Paris-Rio. Là encore, zéro preuve.
Enfin, d’autres partis-pris ont été faits quant aux listes présentées aux sondés (par exemple, en Île-de-France, seules 12 listes sur 28 sont présentées, les 16 autres étant regroupées sans distinction sous le critère « autres listes ») mais aussi quant aux régions : pourquoi l’Outre-Mer n’est-elle pas testée ? C’est un scandale à mes yeux tant l’Outre-mer est aussi l’Europe.
Le doute du second choix
S’il est en revanche un aspect très intéressant de ce sondage qui n’a pas été commenté par les médias, c’est celui du second choix. Bien sûr, c’est à prendre avec des pincettes, vu ce que j’ai écrit plus haut quant à la méthodologie du sondage. Néanmoins, BVA a demandé aux sondés pour quelle liste ils voteraient en « second choix ». Quels enseignements ? D’abord, que le doute des indécis déclarant voter MoDem n’est pas favorable à Europe-Écologie mais au PS (24% contre 14%, en second choix) de la même façon que le doute des indécis déclarant voter Europe-Écologie n’est pas favorable au MoDem mais, encore, au PS. Dès lors, les listes MoDem et Europe-Écologie ne sont pas ligotées ensemble ! Autre enseignement : le potentiel d’attraction des listes MoDem sur les électeurs de l’UMP. Ils seraient 20% à se reporter sur le MoDem en second choix. Preuve que les électeurs de droite ne sont pas tous sarkozystes. C’est rassurant.
Des marges d’erreur exorbitantes
Enfin, le sondage pêche par ses marges d’erreur. Si au niveau national, les marges d’erreur déclarées sont de l’ordre de « 1 à 2 points », elles sont de « 3 à 4 points » au niveau régional. La pertinence du sondage est alors sérieusement entamée ! Enlevez quatre points à Europe-Écologie et ajoutez trois points au MoDem en Île-de-France et, tout de suite, les résultats changent de visage : MoDem à 14% devant Europe-Écologie à 12% ! C’est encore plus parlant pour les régions où les scores des formations autres que l’UMP et le PS sont très proches, toutes aux alentours de 10%, comme le Centre où MoDem, Europe-Écologie et FN sont au coude à coude. Le tout sur fond de fausse égalité du MoDem et d’Europe-Écologie au niveau national : les 11% sont plus forts pour le MoDem que pour les Verts, comme précisé dans la synthèse du sondage.
Il faut donc apporter beaucoup de nuance à ce sondage qui prédit l’apothéose à Europe-Écologie et la déroute au MoDem. Sondage mal goupillé, et très mal commenté par les médias ! »
Article de Nicolas Vinci, publié jeudi 4 juin sur le blog de Générations Engagées.
Un pays isolé ne peut rien dans la mondialisation. Pour être entendus, l’Europe est notre seule chance. Car l’Europe porte une voix originale et indépendante. Nous Européens qui nous sommes unis dans le droit, nous sommes en mesure de proposer une vision nouvelle et plus équilibrée du monde, notamment en faveur des pays pauvres.
Nous proposons de :
Coordonner nos diplomaties nationales pour faire entendre la voix européenne.
Parler d’une seule voix dans les grands organismes internationaux : Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, Organisation internationale du travail (OIT),…
Instaurer une défense européenne indépendante, même si cela est plus difficile depuis que la France a réintégré le commandement intégré de l’OTAN.
Délimiter les frontières de l’Europe. Si nous voulons une Europe politique forte, il ne faut pas diluer le projet européen dans un grand marché. Nous proposerons aux pays voisins de l’Union, comme la Turquie, des partenariats approfondis.